Tablature apprendre guitare
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A deux semaines du Salon de la musique et du son, à Paris, l'usine californienne où sont fabriquées les guitares les plus mythiques du rock a accepté d'ouvrir, en exclusivité, ses portes au « Figaro Magaz


Le centre-ville de Corona ? Je suis désolé, mais il n'y a pas de centre-ville ici. » Dans la voix du chauffeur de taxi, un mélange de surprise et de commisération. Que viennent donc faire des Français à Corona, petite bourgade californienne plantée dans le comté d'Orange, à une bonne heure d'autoroute de Los Angeles, loin du rêve hollywoodien ? Chaleur accablante, peu de distractions, des habitants généralement cloîtrés chez eux... Oui, mais voilà, c'est ici qu'une marque d'instruments de musique parmi les plus mythiques a installé son usine En 1985, à une vingtaine de kilomètres de l'endroit où son fondateur avait lui-même lancé son activité quarante ans auparavant. Le large hangar (16 000 mètres carrés) orné d'un discret logo Fender est posé au milieu d'une vaste zone industrielle anonyme. Personne ne pourrait soupçonner que derrière ses murs en tôle ondulée, une page du rock and roll s'écrit chaque jour entre les mains de centaines d'employés.

Fender. Ce nom évoque à lui seul tout un pan de la musique américaine. Pas un des guitaristes cultes de l'histoire du rock, de Jimi Hendrix à Eric Clapton, en passant par Joe Strummer et Kurt Cobain, qui n'ait gratté une des électriques créatures sorties de ses chaînes de fabrication. Pas une rock star en herbe qui ne rêve de posséder un des modèles de la marque, qui rayonne désormais au firmament des facteurs d'instruments de musique, n'en déplaise à son éternel rival, Gibson.

En commercialisant le premier modèle de guitare électrique à caisse pleine dès 1950, Leo Fender frappa un grand coup au sein d'une industrie balbutiante. Alors que les luthiers traditionnels méprisaient les instruments amplifiés, un simple ingénieur en électronique, ancien réparateur de postes de radio - pas même fichu de jouer d'un instrument -, lançait l'outil qui allait accompagner plusieurs révolutions musicales ! En dévoilant sa Broadcaster (future Telecaster), Fender bouleversa les certitudes : avec son manche vissé, son ornementation rudimentaire et son allure peu raffinée, sa création était loin d'obéir aux canons en vigueur. Pourtant, son aspect pratique et son prix accessible allaient en faire l'arme de choix d'une jeunesse avide de consommer au sortir de l'après-guerre. Plus de soixante ans après, l'efficacité continue d'être le maître mot chez Fender. Avec plusieurs centres de production répartis dans le monde entier, le fabricant propose des modèles à la portée de toutes les bourses. Mais ce sont bien sûr les guitares assemblées à Corona qui bénéficient du plus grand soin.

La visite de l'usine commence par le département final. C'est là que les guitares sont examinées avant d'être acheminées vers leurs points de vente. Chaque inspecteur a trois minutes pour vérifier la conformité des 600 unités qui sortent de l'usine chaque jour. Soit une centaine de Fender à contrôler par chacun des cinq inspecteurs. De quoi leur passer l'envie de jouer à la maison...

Les guitares défaillantes sont renvoyées vers les départements d'où provient le vice : lutherie, électronique, peinture, accastillage, etc. L'atmosphère est studieuse mais paisible, dans un décor où l'ancien (certaines presses sont en fonction depuis les années 40) côtoie le dernier cri (plusieurs appareils assistés par ordinateur). La majorité des employés sont des Latinos ; les tâches nécessitant le plus grand soin sont dévolues aux femmes, notamment l'assemblage des petites pièces métalliques et la fabrication des micros. Pour tous, il s'agit d'être rapide : d'un bout à l'autre de la chaîne, une guitare doit être prête en trois semaines seulement, et la productivité ne cesse d'augmenter. Inaugurée en 1998, l'usine actuelle est presque déjà trop petite pour loger tout le monde.

Tant de péripéties se sont produites pour la marque depuis l'ouverture du petit atelier de Leo Fender en 1946 ! En 1965, alors que le succès battait son plein, le pionnier de la production de masse avait vendu sa marque à la puissante Columbia Broadcasting System Inc. (CBS). Une fois dans le giron du grand groupe, Fender accusa une brutale baisse de la qualité de ses produits. D'où une diminution de ses recettes obligeant l'actionnaire à revendre, vingt ans plus tard, à une époque où le synthé triomphait et où personne n'aurait misé sur le retour en force de la guitare électrique. Soutenus par des investisseurs privés, plusieurs cadres font alors l'acquisition de leur entreprise en 1985, alors que la production est concentrée en Asie. Et c'est là, à Corona, que la deuxième vie de Fender va commencer, dans un local de 1 600 mètres carrés, avec quatre ouvriers seulement, pour une production limitée à 12 guitares par jour. « Progressivement, nous sommes passés à 20, puis 30 instruments, avant de retrouver des cadences normales », explique Dave Maddux, salarié depuis 1973.

Sous l'impulsion de la nouvelle direction, Fender va développer une stratégie qui est toujours d'actualité. Les instruments de l'âge d'or de la marque (1950-1965) étaient devenus inaccessibles pour la plupart des musiciens - une Telecaster de 1952 coûte 80 000 dollars ! L'entreprise va alors lancer la fabrication de modèles à l'ancienne : on pourra ainsi se porter acquéreur à moindre coût d'une Fender répondant en tous points aux caractéristiques des années 1950. Un succès commercial.

Dans le même temps est fondé le Custom Shop, réservé au haut de gamme. « Nos premiers clients ont été Eric Clapton, Billy Gibbons (ZZ Top) et Keith Richards », explique Maddux, qui a rejoint le Custom Shop en 2001. Aujourd'hui, n'importe qui peut commander la Fender de ses rêves, à condition d'avoir de l'argent et du temps. « Cela nécessitera peut-être un délai de six mois mais nous pouvons réaliser les choses les plus folles. » Parmi les dix constructeurs du Custom Shop, John Cruz fait figure de star. Sa dernière fierté ? Avoir construit la réplique à l'identique de la Stratocaster usée du virtuose du metal Yngwie Malmsteen. Cent copies seulement sortiront de son atelier, pour un coût de plusieurs dizaines de milliers de dollars. « Lorsqu'on examine ces instruments, on sent qu'ils ont une âme », s'enflamme-t-il.

Un pied dans le passé, les yeux rivés vers l'avenir : voilà comment Fender pérennise le mythe. Alors que l'Européen Stradivarius a mis plusieurs siècles pour entrer dans la légende, l'américaine Fender l'a fait en cinq décennies seulement. Et l'histoire ne fait que commencer. Olivier Nuc

Salon de la musique et du son, du 12 au 15 septembre à Paris, Parc des expositions de la Porte de Versailles (www.salon-musique.com).